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Le patrimoine archéologique de Waremme

Si une charte du 5 février 1078 constitue en quelque sorte l’acte de naissance de Waremme comme domaine relevant de l’Eglise de Liège, son histoire est évidemment bien plus ancienne et s’inscrit plus largement dans celle de la Hesbaye, dont elle est la capitale.

Constituée de bas plateaux limoneux, découpés par les vallées du Geer, de la Mehaigne et de l’Yerne, la Hesbaye réunit des conditions particulièrement favorables à l’établissement humain, dont la présence quasi continuelle est attestée ici depuis les temps les plus reculés de la préhistoire : voies aisées de pénétration dès le paléolithique, abondance ou proximité des matières premières (silex, bois…) et des ressources alimentaires, fertilité et plasticité des sols permettant l’agriculture et le modelage (poterie, clayonnage des maisons…), diversité de l’environnement végétal, relief modéré, hydrologie propice.

Le territoire fut occupé dès le paléolithique moyen (300.000 à 35000 av. J-C). outre les trouvailles d’outils isolés à Waremme (un très beau biface cordiforme récolté au siècle passé près de Petit-Axhe et un racloir au Bois de Longchamps), à Grand-Axhe (un biface), à Oleye (éclat de débitage levallois), un important gisement moustérien est connu à Bettincourt, mais n’a pas encore fait l’objet de fouilles.

Si le paléolithique supérieur (35000 à 9000) n’a jusqu’à présent pas laissé de traces dans l’entité et si le mésolithique (9000 à 5500) est à peine attesté par quelques armatures découvertes à Oleye-Al Zèpe, la région se caractérise par l’intensité de son peuplement au néolithique ancien (fin du 6ème et 5ème millénaires). C’est à ce moment que l’on voit apparaître les premiers agriculteurs-éleveurs venant de l’immense plaine du Danube. Un groupe important de ces Danubiens, que l’on qualifie habituellement d’Omalien, s’est fixé dans un territoire délimité par la rive gauche de la Meuse, le Geer et la Mehaigne. On recense pas moins de six de ces habitats dans l’entité waremmienne. Une vaste station principalement localisée à Berloz se prolonge à Grand-Axhe sur la rive gauche du Geer ; à Waremme-Trihette, une fosse fut fouillée sur la rive gauche de la Mule, non loin du site d’Oleye-Al Zèpe, et a notamment livré un petit vase fait par un enfant ; on en signale également à Waremme-Bois des Tombes et à Oleye/Lantremange – Au delà du Geer. Deux villages ont, il y a peu, fait l’objet de fouilles extensives à Oleye-Al Zèpe et Waremme-Longchamps (à proximité de la ferme Froidebise) : ils étaient protégés par une enceinte palissadée, précédée d’un fossé et pourvue d’entrées fortifiées. Le village d’Oleye comprenait douze grandes maisons rectangulaires, dont certaines avaient été détruites par un incendie. Les fosses explorées dans ces agglomérations contenaient un abondant matériel lithique et céramique (cette célèbre céramique rubanée, richement ornée de motifs imprimés au poinçon ou au peigne), qui témoigne d’une organisation sociale et économique complexe, fondée sur la circulation des matières premières, mais aussi des bien d’équipement.

Des outils récoltés en surface à Grand-Axhe, Lantremange (rive gauche du Geer), à Oleye et à Waremme peuvent être globalement attribués au néolithique moyen et récent (4ème et 3ème millénaires).

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Village rubané d’Oleye-Al Zèpe : vue des maisons 1 et 2 en cours de fouilles. Cliché IRSNB, D. Cahen et A. Hauzeur, 1986

Pour les âges des métaux (le bronze vers le début du 2ème millénaire, le fer vers 800), on connaît également quelques sites. A l’emplacement du village rubané d’Oleye, plusieurs fosses ont livré un matériel lithique et céramique, que l’on peut rapporter à la civilisation des Champs d’Urnes (vers 1100 chez nous). Du début de l’âge du fer date le matériel recueilli dans une fosse à Grand-Axhe-Champenotte, tandis qu’à la phase finale de la période de la Tène (qui correspond au développement de la civilisation celtique) appartiennent des fosses explorées à Bovenistier-Rouâ de Mâlâhe et à Grand-Axhe (en face de Champenotte). A cette époque se rattachent aussi un statère (monnaie) d’or nervien trouvé à Oleye (près du tumulus), ainsi que trois autres (un ambien, un atrébate et un trévire) découverts fortuitement à Waremme (ou près de Waremme).

Dès le début de la romanisation, la région est desservie par différentes voies, créées par le nouvel occupant. Une grande chaussée reliait Bavai à Cologne, en passant par Tongres et Maastricht, le long de la ligne de crête séparant les bassins de la Meuse et de l’Escaut. D’importance militaire (déplacement des troupes), politique (poste impériale) et économique (écoulement des marchandises) considérable, cette voie traversait l’entité de Waremme de part en part : venant de Braives (où se trouvait un important vicus), elle forme la limite sud-est de Grand-Axhe, passe à proximité des deux tumulus du Bois des Tombes, puis de la Plate Tombe et se dirige vers le relais routier de Bergilers. Son mode de construction a pu être observé à Lantremange, au lieu-dit Aux Quatre Abias, où elle recoupe perpendiculairement un chemin creux, également très ancien. A hauteur de Grandville, elle recevait un diverticule, portant le nom de Voie de Nivelles ou Chaussée Verte : cette voie secondaire se dirigeait vers l’ouest en passant non loin du tumulus d’Oleye, puis entre les tombes de Vorsen, et plus loin le long de celles de Montenaken et de Kortijs pour rejoindre Jodoigne. Un tronçon de cette route est bien conservé au lieu-dit Voie de Hasselbrouck entre Oleye et Bettincourt. Sur ce canevas routier s’est développée l’exploitation systématique du sol sous forme d’un parcellaire dont des traces sont visibles autour de Braives. Bon nombre des établissements agricoles localisés en Hesbaye semblent s’intégrer dans ce quadrillage, dont ils reprennent souvent l’orientation générale. Plusieurs installations ont été repérées en territoire waremmien, dont certaines firent l’objet de " fouilles " très partielles au siècle passé. Des traces sont signalées à Bovenistier (Fond Jamar, Rouâ de Mâlâhe, Fond du Rôyetai), à Waremme (Grand Sart et Tier de Bovenistier). A Waremme-Autuaxhe, les substructions d’une villa pourvue d’un hypocauste furent recoupées lors de terrassements effectués en 1838 au passage du chemin de fer sur le Geer. A Grand-Axhe, sur la rive gauche du Geer, de Selys-Longchamps fouilla au siècle dernier une cave aux murs soigneusement appareillés. A Oleye-Al Zèpe, une occupation romaine a été reconnue sur le site de l’habitat rubané, sous la forme d’un fossé ovale de 300 m de diamètre et d’une fosse.

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Vase en céramique à décor " rubané " d’Oleye, Al Zèpe

C’est également le long des routes que furent érigées ces majestueuses tombes sous tertre, appelées tumulus, qui renfermaient les restes incinérés de riches civils, propriétaires terriens ou vétérans installés dans nos régions. Ces tumulus ont souvent livré un luxueux mobilier funéraire constitué de vaisselle en bronze, en verre et en céramique, de bijoux. Ce n’est malheureusement pas le cas des tertres localisés sur le territoire de Waremme, qui se sont tous révélés vides (deux tumulus au Bois des Tombes, fouillés durant la dernière guerre, la Plate Tombe, tumulus d’Oleye). De Bleret provient une coupe en terre sigillée du IIème siècle, conservée au Musée Curtius de Liège, où se trouve aussi un bol en terre sigillée du IVème siècle, trouvé lors de la construction de l’église de Grand-Axhe vers 1870.

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Céramique et hache en fer mérovingiennes, provenant de Grand-Axhe. Musée Curtius, Liège. Cliché Y. Hanlet, C.R.A

De l’époque mérovingienne qui succède à l’effondrement de l’empire romain, peu d’éléments sont parvenus à nous en dehors de l’archéologie funéraire. Quelques vases biconiques en terre cuite noire, deux haches de jet en fer (francisques), recueillis lors de la construction de l’église de Grand-Axhe vers 1870, proviennent sans aucun doute des tombes que l’on peut dater des VIème- VIIème siècles. Une autre sépulture, découverte dans les substructions de la villa romaine de Waremme-Autuaxhe, a notamment livré un vase en céramique grise et une belle coupe en verre vert clair, datée de la seconde moitié du VIIème siècle. Plus globalement, la dispersion des nécropoles de cette époque laisse entrevoir un glissement de l’habitat vers les vallées et dès la fin du VIIème siècle, en même temps que l’abandon de la coutume païenne du dépôt d’objets dans les tombes, les cimetières se regroupent préférentiellement autour de l’oratoire, futur centre de la paroisse.

Pour compléter ce rapide survol des découvertesarchéologiques faites sur le territoire waremmien, citons pour mémoire la motte féodale du Vieux Château de Waremme, érigé au centre du domaine d’Ermengarde (XIème siècle), nivelée vers 1840 ; les substructions de la tour forte de Mouhin (dont la fouille a livré un matériel des XIIIème et XIVème siècles), et enfin la découverte en 1876, à Grand-Axhe, dans un fossé à proximité de l’église, d’une cruche engrès brun contenant 88 petites pièces d’argent du début du XIIIème siècle.

Daniel Marcolungo